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MÉCÈNE

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Peuples de montagne,

humanité ployée

Effets adamantins. Cette nuit-là, à Pom Coong, notre quartier général, la vallée se drape d’un profond silence parfois froissé par un aboiement de chiot. Une nuit d’encre qui nous invite à une flânerie hors du village, à la lueur d’une lampe-torche. Soudain, apparaît une mer scintillante qui nous arrache un « Qu’est-ce-que-c’est-que-cela ? ». Il nous suffit alors d’un bref instant pour réalisser qu’il n’y a que des vers luisants qui puissent avoir ces effets adamantins suspendus au-dessus des rizières, des insectes sans ombre qui disparaissent au moindre reflet de lumière.

Tâche la plus éreintante qui soit. Au début du printemps, sur les flancs de montagne ourlés de rizières étagées, les femmes, et parfois les hommes, côte à côte dans les mêmes parcelles, s'entraident pour la tâche la plus éreintante : repiquage du riz dans l'eau glacée à mi-mollet, durant des heures, mains fripées et blanchies par l'eau.

Repas de noces. Cet autre été, nous sommes invité au repas de noces du fils de l’aubergiste. Tôt le matin, amis et voisins arrivent pour donner un coup de main : entre les pilotis des ateliers s’organisent comme s’ils avaient toujours été faits pour cela : égorger puis plonger les poulets dans un chaudron d’eau bouillante, les plumer, découper du porc, tailler de longues piques en bambou pour les brochettes, laver bols baguettes et assiettes pour les quelque trois cents invités… Dans un coin isolé, devant sa table basse, le maître-queux sculpte des fleurs de navet, de carotte..., qu'il laisse tremper dans une marmite d'eau.

Chalet traditionnel. Quelques jours plus tard, après le petit déjeuner, profitant de la quiétude, nous avançons vers le promontoire du chalet pour profiter du paysage d'un vert soyeux des rizières dormant en contrebas, au hameau de Ban Lac. Mais nos pas s’immobilisent, car sur notre gauche, femmes et hommes silencieusement alignés, maintenant une longue corde attachée au sommet de l’ossature en bois d’un chalet traditionnel qui va être redressée sur des sabots en ciment... Pas un murmure. Soudain, des "Oh ! hisse ! ". On tire sur les cordes en reculant pour la hisser à la verticale, tandis que d'autres tiennent fermement les perches en bambou fixées au faîtage pour contrôler et ajuster l'aplomb.

Exploitations aurifères. Maï Châu est l’une des deux régions du Vietnam célèbres pour le tissage. Ses produits artisanaux sont le fonds de commerce des magasins de Hanoï. Chaque foyer a son métier, qui en fait une activité économique parallèle au travail agricole. Mais sa terre enferme une autre ressource autrement plus riche que la population locale exploite, ici et là, hors de tout contrôle policier. La moindre silhouette d’uniforme fait surgir les armes de nulle part : les gens sont chez eux ici avec leur loi. Sans notre ami Quay depuis tant d'années, guide sur ses terres natales, qui nous ouvre les portes des lieux impénétrables, nous n'aurions jamais pu visiter les trois exploitations aurifères à ciel ouvert. De jeunes transporteurs s’arc-boutent des jambes, des pieds à la côte pour monter, hottes pesantes, arrimées sur le front par de larges sangles que soutiennent les bras. Corps libéré, ils reprennent leur souffle, se penchent en arrière, plantent leurs talons dans le sol poudreux pour freiner la descente. Parfois font une pause, étanchent la soif.

Antenne militaire. Mais, à Hang Kia, une enclave entre les collines avec des maisons et des chalets épars des deux côtés du seul chemin circulaire, il n’y a que la maison communale bien indiqué avec son nom façonné sur le fronton. À l’arrière file dans le ciel une antenne militaire. M. Bang la regarde en faisant une moue :

 — Pour en venir à bout de ces gens, il faudrait au moins un bataillon bien armé. Et encore… ! Tu vois, là sur notre gauche ? Eh bien, dans les entrailles de cette colline, il y a au moins trois cents kilos d’or !

M. Quay enchaîne dans un soupir :

 — Ah ! Si seulement le gouvernement nous laissait en exploiter une parcelle, nous pourrions vivre paisiblement… Mais il voulait tout prendre… Les soldats étaient même venus pour ça. Mais nous les avions repoussés. Depuis, cette antenne a été installée pour neutraliser cet endroit.

Nouvelles du village. Voilà pourquoi pas d’âme qui vive dans la journée, seule une femme monte la garde, tout en brodant devant un petit feu de bois, à côté de l’unique échoppe du village. M. Bang s’installe à ses côtés, lui parle à voix basse, s’enquiert des nouvelles du village en tendant ses bras vers les maigres flammes.

"Mui lo". Non loin de là, deux enfants livrés à leurs activités solitaires. L'un souriant devant sa cage à oiseau, sifflote. L’autre, interrogateur, sans doute impressionné par tant de "Mui lo"  ("Grand-Nez", autrement dit Français) qu'il voit pour la première fois de sa vie.

Au bord de l'eau. Un après-midi de mars 2019, sur la route sinueuse de Xin Cai à Meo Vac, sous un doux soleil, la voiture arrive au sommet d’une montagne. Le conducteur s'arrête pour profiter du paysage et prendre des photos. Pour avoir déjà traversé tant de ce type de reliefs, nous savons que s'y cachent souvent des activités au bord de l'eau… Effectivement, parmi les rochers où se faufile un torrent, deux familles font leur lessive : au pied du torrent, une femme et deux enfants dans une mare ; en amont, un couple assis. Des heures ainsi dans l'eau...

La seule échoppe du village
Jeune parlant à son oiseau
Jeune interloqué de voir tant de Français pour la première fois